article du 16.12.2016 sur Le Monde Afrique de Charlotte Bozonnet
Le tribunal de Kef a estimé que la jeune fille de 13 ans, violée et enceinte, « était apte au mariage » avec un proche responsable des faits. Ce dernier échappe ainsi à la prison.

Sur la pancarte, elle a écrit en lettres capitales « How I met your mother ? » (« comment ai-je rencontré votre mère ? »), reprenant le titre d’une série télé américaine humoristique, et cette réponse, cinglante : « Je l’ai violée lorsqu’elle avait 13 ans ». A l’image de cette jeune manifestante tunisienne, plusieurs dizaines de personnes, en majorité des femmes, se sont rassemblées, mercredi 14 décembre, à Tunis devant le Parlement pour dénoncer une nouvelle affaire de mariage d’une mineure.
La colère des militantes a éclaté mardi lorsque a été connue la décision d’un tribunal du Kef, région au nord-ouest de la Tunisie, prise le 1er décembre et autorisant le mariage d’une jeune fille de 13 ans avec un proche âgé de 20 ans qui l’a mise en enceinte. Pour les organisations de défense des droits des femmes, l’adolescente a été violée et ce mariage n’est qu’une façon pour son agresseur d’éviter des poursuites, comme le lui permet la loi.
Chokri Mejri, porte-parole du tribunal de première instance, a tenté d’expliquer la décision, assurant que l’adolescente n’avait pas été violée. « Nous avons entendu la fille et après vérification de tous les détails, nous avons considéré qu’elle était apte au mariage. La preuve, elle est enceinte », a-t-il ainsi déclaré à l’AFP, précisant que « les deux familles ont demandé le mariage pour ne pas faire scandale ». Une version vertement contredite par la responsable de la protection de l’enfance de la région du Kef, Houda Abboudi : « Quand il s’agit d’une enfant de 13 ans, on ne peut parler d’un rapport sexuel avec consentement. Il s’agit d’un viol. »
/image%2F2203961%2F20170214%2Fob_27ff07_femme-evolution.png)